Laurent Laforest a failli mourir

Samedi soir, aussi improbable que cela ait pu sembler il y a quelques semaines, j’étais de retour sur le terrain. Mes coéquipiers des Diablos du Cégep de Trois-Rivières, la foule, nos adversaires des Filons de Thetford, ma famille dans les gradins…

J’y étais, malgré le défibrillateur cardiaque qui a été installé sur ma cage thoracique il y a quelques mois à peine.

J’y étais malgré le fait que, il y a un peu plus d’un an, mon coeur a arrêté de battre pendant 40 longues minutes. Oui, 40 minutes.

Plus d’un an plus tard donc, j’y étais, avec mes coéquipiers et amis, sur la ligne défensive, le chandail de mon équipe sur le dos, pour jouer un vrai match, le premier de la nouvelle saison de mon équipe.

Le moins que l’on puisse dire, c’est que je revenais de loin.

Laurent Laforest (à droite)

Nous sommes le 21 juin 2017. Je sors d’une grosse période d’entraînement en vue de ma première saison de football collégial. Le football, ce sport dont je suis tombé amoureux dès la cinquième année du primaire.

Je suis prêt. J’ai hâte. J’ai 17 ans, je suis en forme, tout va bien.

Je viens tout juste d’entrer au Cactus Café, un restaurant de Sorel-Tracy, pour mon quart de travail.

Soudainement, sans aucun avertissement, après quelques minutes, je m’écroule et suis secoué par des convulsions.

Sur le coup, mes collègues de travail soupçonnent que je blague. C’est mon genre. Mais à force de me voir trembler et en constatant que mes yeux virent à l’envers, ils réalisent vite que je ne joue pas la comédie.

Je suis en arrêt cardiaque.

Ils commencent alors immédiatement à exécuter les manoeuvres de réanimation pendant que l’un d’eux compose le 911. Les ambulanciers me conduisent à l’Hôpital de Sorel, mais le médecin là-bas me transfère immédiatement à l’Institut de cardiologie de Montréal.

Il faut dire qu’un gars de 17 ans qui fait un arrêt cardiaque sans raison, ils ne voient pas ça tous les jours.

Encore aujourd’hui, la raison précise de cet arrêt reste inconnue.

Quand on se réveille et qu’on nous apprend qu’on vient de subir un arrêt cardiaque, on reste surpris.

Comme pour les accidents de voiture, on se dit toujours que ce genre de malheur n’arrive qu’aux autres. Que cela ne peut pas nous arriver, à nous.

Ça frappe. Tu sais que rien ne sera plus jamais pareil. Que le football, ta passion, c’est probablement fini à jamais pour toi.

Et de manière plus générale, tu sais que ta vie entière va subir un virage à 180 degrés. Parce qu’un arrêt cardiaque, ce n’est pas une grippe. Ta vie, elle va changer pour toujours.

Laurent Laforest (au centre) s'échauffe avant le match des Diablos.

Arrêter le football avait beau sembler une évidence pour tout le monde autour de moi, je n’arrivais pas à m’y résigner malgré la gravité de ce que j’avais subi.

Le football, pour ceux qui le jouent, c’est un mode de vie. Chaque année, on fait la même chose. On s’entraîne tout l’été pour être prêt à l’automne. Le contact, l’esprit d’équipe… Puis, du jour au lendemain, on te dit que tout ça est fini pour toi. Qu’il faut que tu trouves autre chose qui va te passionner autant.

J’ai donc essayé le basketball, mais ça n’a pas fonctionné. Parce qu’à 17 ans, me faire dire que je devais oublier ma première passion, ça ne passait tout simplement pas.

Je le prenais vraiment mal.

Alors, cette épreuve, cet obstacle, j’ai plutôt décidé de l’aborder comme un défi. J’ai toujours aimé les défis. Je me suis dit que je devais trouver une solution.

Chaque fois que j’allais voir mon médecin, avant ou après qu’on eut installé un défibrillateur et deux fils sur ma cage thoracique, je demandais à mon médecin, le Dr Rafik Tadros, si, un jour, je pourrais jouer au foot à nouveau. Il me répondait d’y aller pas à pas, de ne pas sauter d’étapes.

Puis, un jour, il m’a dit que si je trouvais le moyen qu’on me fabrique une protection adéquate pour mon défibrillateur, pour éviter que le contact l’endommage, oui, je pourrais recommencer à jouer. Sauter sur le terrain avec mes amis et jouer au football. Comme avant.

À partir de là, je me suis remis à m’entraîner, gonflé à bloc par cet objectif. J’avais à nouveau espoir.

Grâce entre autres aux efforts de ma mère, Annie Plante, j’ai trouvé une entreprise qui m’a fabriqué cette pièce d’équipement qui protège le côté de mon torse où se trouve le défibrillateur. Le médecin a tout vérifié. Verdict : tout est parfait.

Je pouvais rejouer.

Laurent Laforest (centre), entre le Dr Rafik Tadros et Annie Plante, mère du joueur

Délivrance, excitation, mes amis et la foule qui crie. Le sentiment qui nous envahit quand on saute sur le terrain pour jouer un match et les frissons qui viennent avec le sport. Voilà ce qui me manquait tant pendant ces longs mois d’attente et de doute.

On ne voit pas ça souvent, un gars avec une machine dans le corps qui revient pour jouer au football. Alors, mes coéquipiers m’ont trouvé toutes sortes de surnoms : Robocop, le miraculé, le bonhomme électrique. Ils me taquinent, mais au fond, je sais que c’est juste de l’amour. Qu’ils sont bien contents que je sois de retour.

Si j’ai peur? Je ne vois pas ça ainsi. Sinon, je ne vivrai pas ma vie comme je veux la vivre. Je ne vois pas mon arrêt cardiaque comme un boulet que je dois traîner chaque jour. Si je fais ça, je vais toujours regarder derrière. Moi, je préfère regarder devant.

Pour l’instant, tout va bien. Je suis A1, je n’ai aucun problème. On n’a toujours pas trouvé la cause de cet arrêt cardiaque. Malgré cela, je peux jouer au sport que j’adore et prouver que je suis juste un meilleur joueur que je l’étais avant tout ça.

Je suis enfin un joueur des Diablos. Je suis le petit diablotin qui sort de l’enfer.

J’espère que mon histoire pourra inspirer les gens. Je le souhaite vraiment.

Pour l’instant, je suis juste content d’être revenu sur le terrain avec mes amis, comme n’importe quel gars de mon âge.

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